dimanche 6 juillet 2008

"La cité bien pensante"










Des « sœurs » sillonnent deux par deux les allées de Temple Square. Elles portent un badge reproduisant le drapeau de leur pays d’origine, au cœur duquel figure leur prénom. Ces très jeunes femmes sont des missionnaires invitées à séjourner 18 mois à SLC, patrie de la communauté mormone et de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Leurs visages sourient constamment, leurs yeux guettent toute éventuelle interrogation ou attente de la part des visiteurs. Je n’aperçois que des femmes. Seul un missionnaire, d’un âgé plus avancé, est posté, rassurant et probablement « observateur », à l’ entrée principale. Visitant les lieux en solo, je suis abordée très gentiment par une jeune Brésilienne. Il n’y a pas de Belge pour l’instant – la dernière est rentrée au pays il y a deux mois; ni de Luxembourgeoise. Je n’ai pas opté pour une visite guide. Les lieux se traversent rapidement : chapelle, tabernacle, bureau d’information, bâtiment dédié à Joseph Smith, le fondateur originaire de Boston qui, au début du XIX s, a entendu l’appel divin, la révélation de Dieu à l’AmériqueUne communauté s’est rapidement constituée. Ses membres se sont déplacés vers l’Ouest. Une migration « obligée » tant les Mormons sont rejetés par les autres communautés, à cause de leur fanatisme, leur rigorisme et leur pratique de la polygamie (abolie à la fin du XIXe, lorsque l’Utah est devenu le 45e état des EU)Arrivés à proximité du Grand Lac Salé, un lieu inhospitalier, les Mormons y ont trouvé l’isolement et "la paix" qu'ils espéraient. Ils sont parvenus à transformer ces terres arides en vaste zone agricole. SLC est née et devenue une enclave traditionaliste et conservatrice. Sœur Jody m’explique que le manière de vivre des Mormons est semblable à celle de la plupart des Américains, mais essentiellement axée autour de la famille comme valeur fondamentale. Chacun choisit librement de ne pas consommer de drogue ni d’alcool ou de café; l’homosexualité et les relations sexuelles avant le mariage sont prohibés ; de même que le divorce et le jeu (des bus conduisent à Wendover et ses casinos, la ville la plus proche du Nevada) . Un journal indépendant nous apprend que les prisons sont pleines et qu’aucun programme ne vient en aide aux drogués, même s’il s’agit de femmes enceintes… Une récente étude sur le degré de tolérance des différentes fois / religions place la communauté mormone parmi les plus intolérantes. Environ 2/3 des habitants de l'Utah sont Mormons. (BPé)

samedi 5 juillet 2008

Bubble car


 

La poussière des gravel roads empruntées pour atteindre les sites de Land Art a rapidement recouvert notre voiture. Pour quelques coins, nous l’avons lavée au car wash. Même le savon de lavage a le goût et la couleur du bubble gum…. 

Mormon City

Salt Lake City (SLC) nous a servi de « campement » de base durant trois nuits, alors que nous étions en « mission de reconnaissance », cherchant l’emplacement des œuvres de R. Smithson et N. Holt. Un premier tour du centre-ville, dès notre arrivée, alors que le soleil couchant donnait des reflets orangés et rosés aux facades des immeubles, nous a permis de rapidement cartographier les lieux. La représentation mentale que nous nous en sommes faits s’est confirmée au fil des jours. Au cœur de la ville règne l’imposant Temple Square, un périmètre dédié à l’histoire, au culte et au business des mormons. Au nord de cet ensemble, sur les versants de la colline où trône le capitole, des maisons proprettes bordées de pelouses vertes et tondues, des trottoirs nettoyés à l’eau par les ouvriers de la ville… j’ai l’impression de me promener dans Seaheaven, dans le décor photogénique, paradisiaque et factice du film The Truman Show…. Au sud de Temple Square surgissent quelques blocs constitués de grands immeubles abritant des banques, des bureaux, des services administratifs et quelques hôtels 5*. Une zone assez vaste est en chantier, les immeubles y ont été démolis, rien ne sort encore de terre. Un tram urbain traverse Main Street, la rue la plus animée de ce centre, bordée de quelques restaurants et de petites boutiques. S’y promènent des couples, des familles, des clochards…. (…)

jeudi 3 juillet 2008

Land Art
















Nous avons trouvé Spiral Jetty de Robert Smithson et Sun Tunnels de Nancy Holt. Ce furent deux jours de jeu de piste, dans la chaleur et l’isolement. Les deux œuvres occupent chacune un paysage époustouflant : une berge du grand lac salé, une plaine déserte. La beauté de ces deux lieux pourrait à elle seule justifier le déplacement. Mais la présence de chaque œuvre les rend magiques. Emouvants. Voici quelques photos. Elles ne rendent pas la réalité, l’atmosphère des lieux.  

Réno-Ely











Notre guide ne consacre que huit pages au Nevada ! Mines désaffectées, agriculture et élevage en déclin, vastes zones dédiées aux activités militaires (nucléaires et aériennes)… ce sont les jeux de hasard, essentiellement à Réno et Las Végas, qui font vivre l’économie. Entre ces deux villes, peu d’activité, guère de localités…

Nous traversons (presque) le Nevada de part en part, d’ouest en est, par la route « la plus solitaire des Etats-Unis ». La Hwy 50, qui suit le trajet du poney express, se dévide dans  le Great Bassin, aujourd’hui désert d’altitude, une succession de vastes plaines encadrées par des montagnes, ponctuées par des monts culminant entre 6 et 8 000 pieds (multiplier par 0,30 m). Le magnifique paysage, toujours pareil, est pourtant sans cesse renouvelé. Jamais monotone. Sensation d’isolement. De petites localités surgissent tous les 100 miles.  Arrêt à Austin. La chaleur est écrasante; la rue principale est bordée par une station-service, un motel, un bar et quelques maisons.  Le bar fait aussi office de restaurant. Les quelques personnes attablées mangent sans échanger un mot. Le ventilateur donne de la fraîcheur. C’est un lieu  hors du temps, tout comme cette petite ville de transit. Au mur, des images de montagne, d’animaux sauvages et des photos de chasse qui semble être l’activité principale dès l’automne venu. Un petit feuillet, édité par la chambre de commerce, reproduit un article écrit par un journaliste de passage, Jim Andersen, tombé amoureux des lieux. Il relate combien la vie à Austin, dans une des villes les plus isolées du Nevada, a du sens. Nous continuons notre route.(BPé) (….)

mardi 1 juillet 2008

Tahoé - Réno

1er juillet - Salt Lake City. Nous avons déjà parcouru 740 miles (multiplier par 1.61 Km). Une belle distance, bien que la vitesse soit limitée à 70 miles sur la Highway (autoroute) et l’Interstate (« nationale »), 35 à 15 miles dans les villes et agglomérations. Cette réglementation, et surtout son respect par la majorité des conducteurs, est très confortable. Nous nous en sommes rendu compte « par défaut » : aucun coup de klaxon, aucun appel de phare rageur ou rugissement de moteur ne trouble le convoi lorsqu’une file se crée (nous avons juste vu le doigt d’honneur d’une motarde séparée de sa troupe, plus rapide qu’elle, et qui aurait aimé que l’on passe à la vitesse supérieure…) ou lorsque l’on cherche son chemin.

 

Nous avons traversé notre première frontière, celle qui sépare la Californie du Névada, à hauteur du Lac Tahoé. En dépit de l’affluence (jour de we), les berges du lac que nous avons pu apercevoir de la route sont peu fréquentées. Tout comme cette plage où nous constatons que les eaux du lac sont vraiment glacées. Seuls les occupants de petits bateaux à moteur ancrés là se partagent la plage avec les canards. Les estivants se baladent plutôt à vélo dans les pinèdes et parcourent les sentiers de randonnée. Sur la route, côté Névada, surgissent les premiers hôtels casinos, peu nombreux ici. Nous traversons Carson City, capitale de l’Etat, petite ville étendue et vite traversée. Nous voici à Réno. Dans mon imaginaire, nourri par les nombreux westerns regardés durant mon adolescence, son nom évoque les tripots dans les arrières salles de saloon, les parties de poker et l’inévitable bagarre de fin de partie. Aujourd’hui, le centre de la ville est effectivement bâti autour de cette activité lucrative (pour la cité et l’Etat) que constituent les jeux de hasard. Quelques grands bâtiments accueillent les touristes et les retraités américains venus tenter leur chance. Au rez-de-chaussée, des entrées aux quatre coins permettent d’entrer dans ces temples du jeu. Il ne faut pas montrer patte blanche, mais il est probable que les « gardes » qui sillonnent les allées auront vite fait de repérer les jeunes – non admis en dessous de 21 ans – et ceux qui risquent de troubler la concentration des joueurs. Immense salle de jeu au rez, restaurant avec buffet à volonté, bars et hôtel aux étages…. tout est rassemblé en un même lieu. Nul besoin de quitter l’immeuble. Rien de clinquant, ni de tapageur dans la salle : des tables de poker, de black jack et d’autres jeux inconnus se succèdent. Ne connaissant pas les règles, et ne disposant pas d’un endroit confortable pour observer, nous ne nous attardons pas. Dehors, bien qu’il soit à peine 22h30, une fois quitté le périmètre des casinos, les rues sont désertées par les piétons. Il y a bien quelques bars. Ici, des jeunes éméchés occupent le trottoir, là un duo de guitariste n’a pour auditoire qu’une groupie blonde qui se trémousse tout en écrivant un sms. Un peu plus loin, un café bondé dont la musique résonne dans la rue nous attire; quelques fausses notes se font entendre… c’est l’heure karaoké. L’absence de passeport (laissé à l’hôtel) nous empêche d’y pénétrer. Il est plus difficile d’entrer ici qu’au casino! Ville étrange. Etrangère.  Si, le lendemain, nous étions partis sans prendre le petit-déjeuner, à un pâté de maison de l’hôtel, nous aurions gardé cette image plutôt négative, d’une petite ville de province repliée sur son public en quête d’argent et d’adrénaline. Ce matin-là, c’est un autre visage de Reno que nous avons croisé: souriant, amical, léger. Et peut–être accueillant. (à suivre...) (BPé)

 


 


Nous y sommes, après une longue journée de voyage: décollage de Bruxelles à 12h45 - atterrissage à San Fransisco à 22h40 ( -9h par rapport à la Belgique). Première impression très agréable due à l'extrême facilité avec laquelle tout s'enchaîne et se déroule! Les formalités sans attente, l'orientation aisée dans l'aéroport, la signalisation routière évidente, la circulation fluide pour traverser San Fransisco et rejoindre Bay Bridge. Je craignais une sensation d'écrasement et l'absence de repères; il n'en est rien. Autre bonne surprise, le motel repéré sur Internet mais non réservé dispose d'une dernière chambre libre. Lucky (first) day. (BPé)