jeudi 17 juillet 2008

Get your Kikcs on Route 66







Kingman. 10 juillet. Devant nous s’étend la fameuse route 66; du moins un des rares tronçons de plusieurs dizaines de miles (88 jusqu’à Seligman) qui n’est pas remplacé par l’Interstate 40. La 66 décrit ici une courbe qui traverse le territoire des Indiens Hualapai, dont  la « reservation » longe la Colorado River et le versant Sud du Grand Canyon. La « route mère » décrite par Steinbeck (Les raisins de la colère) évoque l’esprit pionnier, le rêve américain, les paysages grandioses, les belles décapotables, la joie de vivre… Aujourd’hui, il ne s’agit plus que d’un mythe; mis à part quelques panneaux rappelant son existence, la route ne se distingue pas des autres. Les cités traversées sont devenues des ghost towns, les motels, les diners et les stations-service d’époque ont pour la plupart disparu; aucun biker à l’horizon ;  je lis que les Pontiac, Buick, Corvette et autres Studebaker la sillonnent encore, sporadiquement, essentiellement à l’occasion de grands rassemblements destinés à en entretenir la mémoire. 

lundi 14 juillet 2008

What happens in Vegas stays in Vegas !




































Las Vegas. 7, 8 et 9 juilet. Retour sur l’invraisemblable et insaisissable Las Vegas, quittée depuis quelques jours… Une ville de passage; un décor de cinéma au milieu du désert (les images de Las Végas Parano, Honeymoon in Vegas ou Ocean’s Eleven surgissent à tout moment). Un grand parc d’attractions sensorielles s’étendant exclusivement le long du Strip, où ont poussé les hôtels – casinos. Les clubs - casinos des années 50,  éloignés les uns des autres ont cédé la place aux tours qui rivalisent de hauteur et de « façades » plus étonnantes les unes que les autres: la tour Eiffel (Paris Las Végas), le pont des soupirs, son filet d’eau et ses gondoles (Palazzo), une pyramide (le Luxor), un décor romain (le Caesars Palace)…  A l’intérieur : ambiance feutrée, la moquette épaisse, les lumières tamisées de la salle de jeu. Avec plus de classe qu’à Réno. Les visiteurs et joueurs occasionnels ont aussi, pour se distraire, des enfilades de galeries commerciales très aérées, une profusion de restaurants, une grande variété de shows nocturnes et des bars branchés où prendre un Martini. Chaque hôtel forme un labyrinthe -à l'entrée facile (financièrement aussi: les chambres sont vraiment bon marché) mais à la sortie compliquée- dans lequel les références au temps sont effacées, pour que le joueur oublie les contraintes de sa réalité… et dépense sans limite. Ca c’est le Las Végas des paillettes. Au Nord où domine la stratosphère, Downtown est présenté par « Wallpaper » comme le lieu réinvesti par les galeries d’art et les boutiques branchées… Ce Downtown là, nous ne l’avons pas trouvé. Au contraire, ce cœur historique de Las Végas semble abandonné et glauque, à bout de souffle. Encore plus au Nord, j’ai été frappée par la présence de nombreux clochards, adossés devant la grille de l’armée du salut, ou s’y rendant par grappes. La même population de laissés pour compte que dans toutes les grandes villes, mais qui rappelle ici que « casino » n’est pas uniquement synonyme de « glamour »...

dimanche 13 juillet 2008

Barber Olveras



















Prescott. 11 juillet. Expérience chez un coiffeur américain de province, barber Olveras. Je lui dit que c'est une première. Il m'annonce qu'il ne pourra pas me raser: "depuis deux ans, les barbers ne peuvent légalement plus s'occuper des barbes, sida oblige". A ma question de savoir si c'est une réglementation fédérale ou de l'Etat, il répond de manière assez laconique: "ici, on ne s'occupe que de ce qui se passe en Arizona. On ne va pas, en plus, se préoccuper de ce qu'ils décident à Washington" (ce qu'il démentira rapidement).  Il nous demande quelle est la prochaine étape de notre voyage. Réponse: Arcosanti, expérience urbanistique utopiste des années 70, toujours under progress (voyez un prochain blog). Silence. Puis: "Ouais... nous chassions là jusqu'à leur arrivée. La ville n'est pas prête d'être achevée...". Je tente de le faire parler du projet... en vain. Alors, je passe à un sujet qui me paraît plus évident: la chasse. A nouveau, silence ... et comme un malaise. "Oui, je chasse toujours, avec mes chiens". Après quelques minutes (ou secondes - c'est difficile à évaluer quand on se sent menacé par des ciseaux), comme s'il s'était décidé: "Ben oui, on a toujours eu des armes dans notre famille, et on a toujours chassé. La Cour suprême vient, la semaine passée, de confirmer notre liberté de porter des armes. C'est évident. La Constitution le prévoit, mais il y en a toujours -et il visait les libéraux de la côte Est- pour interpréter les choses, alors qu'il n'y a pas lieu à discuter. Ils essaient à chaque fois de réduire nos libertés, mais ils n'y parviendront pas". Puis, un peu plus tard, l'air amusé: "Nos armes, c'est pour que les politiciens restent honnêtes".  Surprenant. Et en même temps,  évident, ici. De manière simplifiée, il re-dit un principe historique qui fût fondateur: "Chaque citoyen doit pouvoir se protéger contre les interventions arbitraires du pouvoir central". Nos paradigmes sont vraiment différents: nous, européens, imprégnés de l'Etat Providence; eux, d'un Etat dont on attend qu'il n'empiète pas sur la liberté individuelle. Entre-temps, la coupe est achevée et me voilà "américain" ! (Mlu)  

Petites serviettes, petits pas


Las Vegas - Hôtel Tropicana. 8 juillet. Les photos dans le couloir menant aux salles de jeux rappellent l'histoire emblématique du lieu: construction sur un terrain désertique au Sud de la ville, succès rapide grâce à la complicité des Rat Pack (Franck Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Joey Bishop et Peter Lawford). Le complexe est aujourd'hui un peu out of date -comme beaucoup d'autres choses ici- mais cela ne semble pas altérer l'enthousiasme des clients, nombreux. A l'évidence, l'hôtel-casino-parc aquatique a été conçu -comme beaucoup d'autres choses ici- en des années où la conviction prévalait que l'immense Mother Earth absorberait toutes les folies environnementales. Depuis, Catherina et Al Gore ont touché les Etats-Unis, mais le Tropicana maintient -comme beaucoup d'autres choses ici- son train de vie dépensier. Seul petit geste pour l'environnement, qui paraît bien dérisoire: les trois serviettes dans notre salle de bain sont minuscules (ce qui s'avérera une erreur) et il nous est suggéré de les garder durant tout notre séjour "pour préserver les ressources naturelles". "We are committed to protect the environment and appreciate your participation in this program".  Sans nul doute, il ne s'agit là que d'un premier petit pas. (MLu)

samedi 12 juillet 2008

Overton-Las Vegas



































Après l’expérience « Double Negative » nous rejoignons Las Vegas par la route qui, dans les terres, longe le Lake Mead, au Nord du vertigineux Hoover Dam, ce fameux barrage qui retient les eaux du Colorado et de la Virgin River. Nous pensions atteindre rapidement l’autoroute mais nous avons raté la jonction qui y menait. Et c’est tant mieux. A nouveau :  un paysage époustouflant, des reliefs et des couleurs changeant après chaque nouveau lacet. Notre guide ne faisait pas mention de cette route, tout comme d’ailleurs il ignore les sites de Land Art – inconnus aussi des habitants voisins des lieux…- Sur près de 60 miles, nous ne croiserons que trois ou quatre voitures ! C’est dire combien l’arrivée – véritable descente - sur Las Vegas sera surprenante ! L’horizon devant nous est barré par la montagne; devant, les faubourgs de la ville s’étendent presque à perte de vue ; au centre, rivalisant de hauteur et - nous le verrons bientôt - , de décors et de folles enseignes les hôtels casinos qui ont poussé de part et d’autre du Strip, boulevard central de Las Vegas. (BPé)

jeudi 10 juillet 2008

Double negative






























Overton. 7 juillet. La journée est consacrée à la quête d’une troisième œuvre de land art :  Double Negative de Michaël Heizer. Cet « earthwork » est constituée de deux entailles creusant le plateau qui surplombe la Virgin River, à proximité de la petite ville rurale d’Overton. Nous mettrons deux heures avant de trouver la sculpture. Il fait plus de 40°. La route est à nouveau un chemin de terre et de pierre. Sur le mésa, nous garons la voiture et poursuivons à pied, persuadés que nous atteindrons l’œuvre rapidement ! Erreur. La piste se déroule devant nous. Chaque fois que nous arrivons à ce qui semblait en être la fin, un nouveau lacet, une nouvelle ligne droite s’étend devant nous. La chaleur est écrasante. Nous apercevons une construction en bois, une vieille moto posée contre l’une de ses parois. Personne. Le lieu ne semble pas occupé pour l’instant. Sur la route, des douilles de cartouches. Comme nous l’avons constaté sur les parois des Sun Tunnels, ces lieux isolés servent de « terrain de jeu ». Enfin, Double Negative s’étend devant nous. Nous descendons dans la sculpture. J’éprouve la même sensation que devant des vestiges anciens de l’époque mésopotamienne ou de l’Egypte ancienne. (BPé).

Bryce et Zion












  

































Quelques-uns des parcs nationaux les plus connus croisent notre chemin. Nous avons déjà traversé Bryce et Zion. En venant du Nord, la route empruntée pour les atteindre plonge dans une faille, remonte un impressionnant dénivelé, serpente à flanc de falaise… Nous sommes plongés dans ce paysage époustouflant presque sans savoir que nous sommes déjà dans le périmètre du parc. Devant nos yeux c’est une accumulation de strates colorées, découpées comme de la dentelle, d’espaces arides sans être stériles, désertiques mais vivants, en mouvement. A Bryce comme à Zion, une route longe le canyon – tout est fait pour la voiture ! - et conduit aux principaux points de vue. C’est très balisé. Même pour ceux qui veulent y passer la nuit et emprunter un chemin de randonnée. Les guides de voyage et les différents sites Internet parcourus annoncent des files d’attente et préviennent qu’il faudra faire preuve de patience. Ce n’est pas ce que nous constatons. A aucun moment nous n’avons eu l’impression d’être noyés dans la masse de visiteurs et de touristes. A certains endroits, nous étions seuls, tant à Bryce qu’à Zion. Et nous avons eu – comme souvent – beaucoup de chance : à Bryce comme à Zion, l’orage grondait, le vent s’est levé, la lumière était saisissante. Nous avons capturé l’éclair et l’arc-en-ciel. 


Les parcs sont impressionnants ;  les paysages traversés lorsque nous avons pris des routes parallèles, afin d’éviter les speedways, le sont tout autant.